Moisissures, Champignons

Prof. Arthur Helbling

Polyclinique allergologique et immunologique, Clinique universitaire de rhumatologie, d'immunologie et d'allergologie, Inselspital, Berne

avril 23, 2021

LES ALLERGIES AUX MOISISSURES : DE QUOI S’AGIT-IL?

Depuis un siècle, il est connu que les spores des moisissures sont susceptibles de déclencher des allergies respiratoires. Néanmoins, par rapport au nombre énorme de moisissures répertorié, on n’attribue à ce jour qu’à une centaine d’espèces les maladies respiratoires d’origine allergique. Mais en principe, il n’existe que deux espèces de moisissures responsables de ce genre d’allergies, à savoir les ascomycètes et les basidiomycètes. Ce sont surtout les moisissures au stade végétatif des ascomycètes (appelés les fungi imperfecti), qui sont principalement responsables de ce type d’affections respiratoires induit par les champignons. Les types de champignon les plus reconnus et documenté dans les études à l’origine des allergies sont les suivants : Alternaria alternata (tenuis), Cladosporium herbarum, Aspergillus et Penicillium.

La concentration de spores dans l’air peut être élevée en toute saison. En été, elle peut dépasser de plusieurs fois le nombre des pollens. La teneur en spores à l’intérieur des habitations est normalement le reflet des spores peuplant l’environnement extérieur de celles-ci. Mais la concentration dans les espaces clos est en moyenne 2 à 3 fois moins importante qu’à l’extérieur. Le taux de sensibilisation aux antigènes de champignons est relativement peu important, car seulement 1 à 3% des personnes testées aux extraits Alternaria et Cladosporium ont eu une réaction cutanée positive dans le cadre de tests croisés ou avaient des anticorps IgE spécifiques dans le sang contre ces allergènes fongiques. Dans la plupart des cas, les allergies aux moisissures se manifestent chez les personnes travaillant dans et avec la nature (par ex. exploitants, jardiniers) ou travailler professionnellement avec des champignons (par exemple, des sélectionneurs).

LES ALLERGIES AUX MOISISSURES ET AUX CHAMPIGNONS : QUE SE PASSE-T-IL?

Les symptômes clinique d’une allergie due aux moisissures ne sont pas différents de ceux d’une allergie aux pollens même à l’intérieure. Les spores des moisissures peuvent déclencher une rhinite (rhume) et/ou une conjonctivite. Par ailleurs, les spores ayant le plus souvent un diamètre de moins de 10 nm, ont tendance à s’infiltrer dans les zones pulmonaires périphériques et peuvent déclencher unedétresse respiratoire, de la toux et des crises d’asthme. Il a également été démontré qu’une concentration importante de spores de champignons dans l’atmosphère suffisait pour occasionner des troubles respiratoires sévères (asthme), notamment auprès de jeunes sujets, qu’ils réagissent de manière allergique aux champignons ou non.

En plus des allergies respiratoires classiques, une exposition aux moisissures peut également déclencher une pneumopathie d’hypersensibilité (alvéolite exogène allergique « Pneumonie ») due à une concentration élevée de spores même dans les lieux de vie conditionnel et peut également se développer dans les pièces à vivre (par exemple, fontaines décoratives, humidificateurs d’air, systèmes de climatisation). Cette maladie pulmonaire s’attrape certes essentiellement dans le cadre d’une exposition en milieu professionnel (ex. poumon des fermiers, des malteurs, des laveurs de fromage, des champignonnistes, des viticulteurs, des éleveurs d’oiseaux) mais elle peut également concerner des personnes éliminant ou compostant des déchets végétaux ou ayant chez eux une fontaine d’agrément, un humidificateur ou une climatisation.

Les champignons peuvent, en outre, être à l’origine de sinusites chroniques. Ce notamment quand les sinus sont envahis de polypes, car c’est là que ces trouvent généralement spores ou mycélium les conditions les plus favorables pour se propager. Bien que le genre Aspergillus reste le plus fréquent, différents champignons peuvent se cacher derrière cette maladie. La «sinusite fongique allergique» se traduit par une respiration nasale difficile, un odorat défaillant, des sécrétions nasales colorées (brunes, noires), des émissions de matières caoutchouteuses et souvent aussi des céphalées chroniques. Les symptômes de la sinusite fongique allergique sont toutefois pratiquement identiques à ceux de polypes nasaux banals ou d’une sinusite chronique. Le taux des éosinophiles (> 0.5 g/l) dans le sang est généralement élevé tout comme celui d’IgE global (> 500 kU/l) et on constate une certaine sensibilisation aux antigènes de champignons.

BON A SAVOIR: Brochure disponible auprès de: www.bundespublikationen.admin.ch

Une autre maladie pulmonaire immunologique rare causée par des antigènes fongiques est l’aspergillose broncho-pulmonaire allergique (ABPA). Cette pathologie est considérée comme un équivalent de la sinusite fongique allergique. La plupart du temps, les patients souffrent d’un asthme chronique difficile à traiter, d’une mucoviscidose (fibrose kystique) ou Moisissure BON À SAVOIR : « Attention aux moisissures » Brochure disponible auprès de : www.bundespublikationen.admin.ch bien la CT pulmonaire révèle une bronchectasie centrale. Bien que divers champignons puissent être à l’origine de cette maladie, on identifie souvent des espèces d’Aspergillus dans les crachats. Une ABPA peut se manifester par une aggravation (progressive) de l’asthme, des accès de toux sévères ou l’expulsion visqueuse de bouchon muqueux durs, brunâtres à sanglants. En règle générale, l’éosinophile (>0,5 G/l) et une quantité d’IgE significativement importante (>1000 kU/l) se retrouvent dans le sang. Une sensibilisation aux antigènes fongiques est généralement nécessaire pour le diagnostic. Des eczémas de contact aux champignons sont généralement limités aux mains et avant-bras, et ne sont observés quasiment que chez des personnes travaillant intensivement avec des champignons (champignonnistes). Les patients souffrant d’eczéma atopique (neurodermite) peuvent avoir des poussées eczémateuses aiguës lorsqu’elles sont exposées aux antigènes de champignons même s’ils ne sont pas allergiques sur les champignons. Les allergies alimentaires liées à une ingestion de champignons comestibles comme des cèpes, des shiitakés ou les pleurotes sont certes rares, mais peuvent occasionnellement provoquer une allergie alimentaire. Les symptômes les plus fréquents d’allergie aux champignons après en avoir consommé sont généralement des démangeaisons cutanées, des maux de ventre, et diarrhées. L’urticaire, ou une aggravation de l’asthme ou un choc anaphylactique sont plus rares à observer.

QUE FAIRE POUR SAVOIR SI JE SOUFFRE D’UNE ALLERGIE AUX MOISISSURES?

Une sensibilisation aux différentes moisissures peut être mise en évidence par des tests cutanés ou par la mesure des IgE spécifiques dans le sang. Cependant, l’importance clinique n’est pas toujours simple à estimer. C’est pourquoi il faut souvent recourir à des tests de provocation sur l’organe touché (ex. test ophtalmique). Il est possible de procéder, en présence d’eczémas, à des patchtests ou tests épicutanés avec des extraits de champignon.

COMMENT TRAITER L’ALLERGIE AUX MOISISSURES?

Les moisissures pouvant s’adapter à tous les milieux, il est pratiquement impossible d’éviter totalement le contact avec des spores ou des champignons (par ex. mycéliums). Néanmoins, un certain nombre de mesures sont propices à endiguer leur prolifération dans nos habitations (cf. encadré). Pour le traitement des mycoses allergiques, on fait habituellement appel aux mêmes médicaments que ceux utilisés pour combattre le rhume des foins ou l’asthme. Ceux-ci permettent d’atténuer la majorité des symptômes. On a rarement recours aux immunothérapies spécifiques (hyposensibilisation) avec des extraits de champignons, mais celles-ci peuvent donner de très bons résultats (ex. avec Alternaria ou Cladosporium).

MALADIES ASSOCIÉES AUX MOISISSURES

• La rhinite, la sinusite et/ou la conjonctivite allergique

• La sinusite fongique et la micose bronchopulmonaire allergique

• L’asthme allergique, alvéolite allergique

• Les allergies cutanées (plus rarement) : urticaire, dermatite atopique, eczéma de contact.

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