Les maladies allergiques chez l’enfant

Dr. Michaël Hofer

Immunologie & Allergologie, Pédiatrie, CHUV, Lausanne

avril 13, 2022

La fréquence des maladies allergiques chez l’enfant est en constante progression depuis plusieurs décennies, en particulier l’asthme dont les effets sur la santé sont importants. D’après des études récentes, comparant la prévalence des allergies entre l’ex-Allemagne de l’Est et l’Allemagne de l’Ouest, cette augmentation est à mettre en relation avec notre mode de vie occidental.

Comment devient-on allergique ?

L’asthme, la dermatite atopique, la rhinite allergique et l’allergie alimentaire représentent les manifestations cliniques de l’atopie, qui est une prédisposition génétique conduisant à une production exagérée d’anticorps de l’allergie (IgE), et qui touche au moins 20 à 30 % de la population. Le développement des manifestations allergiques chez un sujet atopique est largement sous l’influence de l’environnement auquel il est exposé. Ainsi, une exposition précoce à des concentrations élevées d’allergènes peut favoriser la sensibilisation à ces allergènes ainsi que l’apparition d’une rhinite allergique et d’un asthme. On devient donc allergique si l’on possède une prédisposition génétique et s’il on est exposé à un environnement favorisant les allergies.

Quand se sensibilise-t-on aux allergènes ?

La sensibilisation allergénique peut déjà se développer très tôt dans la vie comme en témoigne une étude faite en Allemagne sur une large cohorte de patients. En effet, la fréquence de la sensibilisation aux acariens passe de 2 % chez les enfants à l’âge d’un an à 22 % à l’âge de 6 ans, et pour les pollens, de 1 % à un an à 13 % à l’âge de 6 ans. Cette sensibilisation précoce est à mettre Les maladies allergiques chez l’enfant en relation avec un type de réponse immunitaire (polarisation Th2) prédominant dans la petite enfance. Cette polarisation favorise la synthèse des anticorps de l’allergie (IgE), au contraire de la polarisation Th1 que l’on retrouve normalement chez le grand enfant et l’adulte. Au cours de la vie intra-utérine, la polarisation Th2 prédomine au niveau de l’interface foeto-maternelle afin d’éviter que le foetus ne soit considéré comme un corps étranger et rejeté. Cette même polarisation Th2 est retrouvée dans le sang du cordon à la naissance, mais elle est exagérée chez les enfants prédisposés pour les allergies, les atopiques. Entre la naissance et l’âge de 5 ans, cette polarisation Th2 va progressivement évoluer vers une polarisation Th1. Cependant, chez les sujets atopiques on constate une persistance de la polarisation Th2. Ainsi, l’équilibre de la polarisation Th1- Th2 varie selon l’âge avec normalement une évolution de Th2 chez le nourrisson à Th1 chez l’adulte. Les facteurs de l’environnement qui influencent cet équilibre vont favoriser ou prévenir la sensibilisation précoce aux allergènes. En conséquence, même si on peut se sensibiliser tout au long de l’existence, l’influence de l’environnement au cours des premières années de vie est capitale pour le développement d’une sensibilisation allergénique et des manifestations cliniques de l’allergie.

Quand développe-t-on les différentes maladies allergiques?

L’apparition des différentes maladies allergiques ne se fait pas de façon aléatoire : la première manifestation de l’atopie est en général la dermatite atopique, comme chez le nourrisson. L’asthme débute souvent dans la petite enfance et la rhinite, surtout lorsqu’elle est en relation avec les pollens, vers l’adolescence. De même, il y a une séquence pour la sensibilisation aux différents groupes d’allergènes : le nourrisson se sensibilisera plus volontiers aux allergènes alimentaires et l’enfant dès 3 ans aux allergènes respiratoires, parallèlement à une diminution de la sensibilisation alimentaire. Ainsi, l’enfant atopique, prédisposé aux allergies, développera une séquence d’événements allergiques que nous appelons la carrière allergique.

Peut-on empêcher cette carrière allergique ?

Comme la sensibilisation allergique se développe principalement au cours des premières années de vie et dépend fortement de l’environnement auquel est exposé l’enfant, des mesures préventives efficaces devraient permettre de réduire la fréquence des allergies dans la population. L’effet d’une prévention précoce sur l’introduction différée des allergènes alimentaires a été étudié depuis plusieurs années. Il a pu être démontré qu’un régime comprenant des protéines de lait de vache hydrolysées pendant les premiers mois de vie diminue la fréquence de l’allergie au lait ainsi que de la dermatite atopique. Cependant, cette mesure ne semble pas influencer la fréquence des allergies à plus long terme. D’autres recherches sont en cours, en particulier en ce qui concerne l’exposition précoce à des agents infectieux, qui sont susceptibles d’influencer le type de réaction généré par les cellules du système immunitaire, et qui pourraient ainsi favoriser ou prévenir la sensibilisation allergénique. Une meilleure compréhension des mécanismes, qui permettent à l’environnement d’influencer le développement des manifestations allergiques durant les premières années de vie, devrait nous permettre de déterminer la ou les raisons exactes de l’augmentation de la fréquence des allergies et d’améliorer l’efficacité des mesures préventives.

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