La dermatite atopique ou eczéma de l’enfant

Dr. Anne-Marie Calza

Dermatologue pédiatrique, Genève

janvier 13, 2021

La dermatite atopique est une maladie inflammatoire de la peau, en constante augmentation, affectant 15% des enfants. Plus de 2 /3 des patients commencent leur maladie dans la première année de vie. L’évolution naturelle est souvent favorable. Une minorité d’entre eux garderont leur eczéma adulte ou développeront d’autres affections (rhinite ou conjonctivite allergique, asthme).

A quoi ressemblent les lésions?

Dans l’eczéma on peut trouver plusieurs types de lésions :

• Rougeur et suintement

• Sécheresse

• Cloques, croûtes, stries de grattage

• Epaississement de la peau

Existe-t-il des localisations particulières?

La première année de vie, l’eczéma aime les zones potelées de l’enfant. Puis l’atteinte se déplace dans les plis (creux, des coudes, des poignets, des genoux, chevilles). Lorsque l’eczéma se localise ailleurs, une dermite de contact doit être évoquée.

Comment évolue l’eczéma?

Son cours est rythmé par des poussées qui se déclenchent pour des raisons diverses.

Chez le petit

Infections, changements d’habitude, poussées dentaires et rarement l’alimentation.

Chez le grand

Infections, saisons, stress et eczémas de contact.

Pourquoi fait-on une dermatite atopique?

Plusieurs raisons identifiées :

• Le terrain familial.

• La peau sèche causée par le manque d’une protéine, la filaggrine, dans l’épiderme. Cette peau ne joue pas son rôle d’imperméable et laisse passer des éléments extérieurs.

• Un fonctionnement particulier du système de défense de la peau avec une armée qui se fâche contre des ennemis qui n’en sont pas en déclenchant de nombreuses réactions inflammatoires. Par contre, ce système a une faculté d’apprentissage expliquant les améliorations.

• Les surinfections (staphylocoque, herpès, varicelle, molluscum, verrues) fréquentes du fait que le système de défense est occupé par les faux ennemis.

• Certains allergènes (poussières, poils d’animaux ou pollen) aggravant les crises mais rarement responsables de tout.

Pourquoi traite-t-on l’enfant?

Cette maladie chronique altère la qualité de vie de ceux qui en souffrent par son grattage entrainant irritabilité, difficultés de sommeil, de concentration et son préjudice esthétique. Les enfants traités guérissent plus vite.

Faut-il faire des examens complémentaires?

Pas d’examen systématique mais un éventuel bilan allergologique ciblé (rast, prick) ou des tests épicutanés.

Que peut-on faire?

Cibles accessibles : Infection, inflammation, sécheresse et grattage.

Infection: L’infection est permanente. On peut la combattre de différentes manières.

• Diminuer la sècheresse et l’inflammation

• Laver la peau

• Des textiles à base d’ions argent ou issus de certaines soies

• Les antibiotiques (crème, comprimés)

Inflammation: deux armes sont à disposition. Les corticoïdes : Cette grande famille de molécules classées par puissance (de 1 à 4) est utilisée en crème ou pommade. Leur utilisation nécessite un enseignement spécifique des parents et la réussite du traitement est fonction du temps que l’on y consacre. Si la corticothérapie est utilisée sagement, on peut l’appliquer pendant des années sans voir d’arrêt de la croissance, d’immunosuppression, de décoloration ou d’atrophie. Les anti-calcineurines (pimécrolimus, tacrolimus). Ils n’ont pas d’effet délétère sur l’épaisseur de la peau. Leur indication principale: le visage.

Cependant, certains aléas sont à noter:

• Le virus herpès qui donne lieu à des infections plus étendues avec une clinique trompeuse.

• Ces molécules sont jeunes et certains craignent des effets sur le système immunitaire.

Sécheresse: une cible très importante entre les poussées. Le lavage doit être doux et pas trop fréquent. La peau, lorsque l’enfant sort du bain, doit être abondamment crémée avec une préparation neutre, grasse (sans urée, acide lactique ou parfum). La meilleure crème est celle que l’enfant aime et tolère. Le faire participer à son traitement est important. On doit se méfier des multiples huiles et préparations «bio». La plupart contiennent des conservateurs et de nombreuses plantes sont allergènes.

Grattage: amélioré par des anti-histaminiques oraux le soir et d’autres petits trucs : compresse d’eau fraiche, brumisation, cold pack, température fraiche.

Cibles plus difficilement accessibles

Les facteurs d’environnement jouent un rôle prépondérant mais un environnement trop aseptisé n’est pas une bonne chose. Par contre on évitera chez un enfant d’être soumis brusquement aux animaux, à la poussière, aux moisissures ou aux pollens. Eviter les textiles irritants (laine, synthétiques) etc. Favoriser les habits en coton clair, préférer les lessives hypoallergéniques, ne pas utiliser d’adoucissants. Aménager une chambre sans tapis, tentures, boiseries. Utiliser une literie anti-allergique sans plumes. Laver les peluches.

Les cures : C’est l’occasion pour les parents de voir de près les soins apportés à l’enfant. Ce sont des endroits de vacances sympathiques. Les améliorations sont notées avec des cures d’une durée minimale de 3 semaines.

L’homéopathie est difficile à évaluer. Cette médecine empirique connaît une grande vogue en Europe. Ses bases de raisonnement n’ont jamais été soumises à une démonstration objective.

En résumé

• Ne pas dépasser la surface à traiter prescrite par le médecin.
• Savoir quelle quantité on utilise entre chaque rendez-vous.
• N’appliquer que le produit prescrit par le médecin de l’enfant.
• Etre sûr du diagnostic d’eczéma.

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